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 There Is a Hell ; Believe Me I've Seen It...
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MessageSujet: There Is a Hell ; Believe Me I've Seen It...   Lun 2 Juil - 11:36






... THERE IS A HEAVEN ; LET'S KEEP IT A SECRET.

L’aube.

Ou plutôt un ersatz malade des lueurs de l’aurore, à la teinte de cendres. Une pale lumière filtrant par les volets défoncés l’avait cueillit dans un état second, flottant entre veille et sommeil depuis d’interminables heures sans trouver le moyen de s’abandonner à l’une ou l’autre. Sa piaule improvisée, annexée dans un deux pièces délabré d’un centre de squat des bas-fonds, semblait encore plus misérable sous l’éclairage grêle du jour. La pénombre avait au moins eu le mérite de dissimuler les lézardes courant aux murs et au plafond comme des cicatrices béantes ; de laisser seulement deviner les rats et les cafards, qui devaient être seuls maîtres des lieux avant qu’une autre âme perdue prenne leur tanière pour point de chute temporaire ; le cliquetis de myriades de pattes griffues grouilla dans les ténèbres tout du long de la nuit, l’empêchant de fermer l’œil. La symphonie de l’ombre avait résonné sans discontinuer, comme pour le priver du droit de voler un instant de répit en fuyant l’enfer de ses propres pensées. Mais même sans ce chant funeste pour rythmer les secondes qui s’égrenaient dans une lenteur accablante, Madden doutait qu’il aurait jamais pu s’endormir ici. Pour tout dire, même oser s’allonger sur le lit défoncé, aux draps maculés d’auréoles jaunes et de trainées marron-gris, lui avait demandé un effort considérable. L’endroit suintait la mort et la déliquescence ; en s’étendant, il eut l’impression de se glisser à même une couche funéraire où le matin l’abandonnerait sans vie, vide de substance et déjà en proie à l’implacable processus de décomposition qui le ramènerait au néant originel.

L’urgence faisait palpiter furieusement son sang à travers tout son corps perclus de courbatures. Quitter cet endroit. Trainer sa carcasse n’importe où, pourvu que ce ne soit plus ici ; mettre le plus de distance possible entre lui et cette odeur de désolation, cette vision écœurante, voilà qui était l’objectif dominant de sa première journée à Gefängnis.

Une fois à l’air libre, la brise rafraichissant sa peau moite de sueur sous le t-shirt kaki et le jean noir déchiré qui la couvraient, un semblant de calme s’infiltra peu à peu jusqu’aux limbes de sa cervelle angoissée et fatiguée. Il pouvait à nouveau respirer sans que la nausée lui torde l’estomac et, à défaut des couloirs éclairés aux néons qu’il s’était attendu à trouver dans le pénitencier, la ville s’offrait à lui, encore à demi désertée à cette heure. Tout était tellement étrange ici. En lieu et place de barreaux et de cellules exiguës, en quittant le cercueil de la cabine qui l’avait hissé jusqu’à ce qui serait sa demeure forcée pour le restant de ses jours, il avait trouvé un espace gigantesque, plus ou moins semblable au monde extérieur. Une fourmilière de métal attaqué par la rouille, cloaque labyrinthique où s’entassaient les captifs vivant dans une espèce de semi-liberté à l’abri de murailles dument surveillées. Close. Le maître des lieux devait affectionner l’humour noir pour avoir nommé ainsi cette geôle-cité. Mais curieusement, lui, ça ne l’avait pas fait sourire.

Madden progressait au gré des rues désolées, errant sans réel but, le corps en tension à chaque fois qu’il croisait le regard mauvais d’un autre condamné. Ça devait être écrit sur sa tronche en capitales : NOUVEAU. Dans leurs yeux et à travers leurs rictus mauvais, c’était plutôt GIBIER qu’il lisait même. L’espace se remplissait de prédateurs à mesure que la matinée avançait. Visages hostiles ; sourires carnassiers. Les sens en alerte, il cherchait un endroit où se poser un instant sans avoir à surveiller constamment ses arrières. Il lui faudrait trouver une arme. Son cerveau reptilien ne cessait de lui hurler qu’il était vital de faire main basse sur n’importe quoi capable de dézinguer la tronche d’un type un peu plus efficacement que ses simples poings. Jamais il n’avait été une victime ; ça ne commencerait pas ici. Cela dit, continuer à tourner en rond dans le quartier laisserait bien trop d’occasions à un quelconque caïd local de tenter de mettre en échec cette théorie. Aussi continua-t-il à marcher.

Les portes de la ville étaient ouvertes. Curieux. L’envie de s’appesantir sur le sujet et d’analyser la situation de fond en comble fondit comme neige au soleil devant la perspective de s’éloigner un moment de la racaille alentours. Sous la chape de plomb du ciel grisonnant, Madden poursuivit sa progression mécanique vers un ailleurs peut-être plus agréable. Quoi qu’il ne rêvait pas trop à ce sujet. On l’avait enfermé ; pas invité à passer des vacances idylliques dans un paradis terrestre tous frais payés. Qu’importe. Même le désert serait préférable pour l’instant à la foule qui commençait à s’agiter entre les murs de la cité.

Le paysage avait changé tout à coup, mutant en une hallucinante forêt aux reflets cuivrés. Une seconde, il se demanda si on l’avait drogué. Soit il était défoncé jusqu’au trognon, soit ses arbres tordus dont les branches noueuses voilaient le ciel chagrin étaient bel et bien façonnés de métal couleur bronze. Il tendit la main vers un buisson grêlé de baies noirâtres pour en effleurer les feuilles pointues, couvertes par endroit d’une patine vert-de-gris. Une vive douleur le fit reculer. Le végétal coupait comme une lame de rasoir et avait tranché de petits sillons pourpres dans la chair tendre de sa paume. Saloperie. Jurant tout bas, Madden s’écarta à bonne distance de ce foutu machin, médusé par la découverte. Cette saleté de plante était en cuivre. L’air oxydait doucement ses feuilles, à la manière des antiques toits de certaines bâtisses. Hors de question de se risquer à goûter les fruits qui poussaient sur ce maudit buisson. Une petit voix aux accents paranoïaques lui susurrait que leur suc devait regorger de poison mortel ou au minimum être douloureusement toxique. L’endroit était inhospitalier, invraisemblable et visiblement aussi hostile que la populace de Close mais au moins était-il seul apparemment dans cette jungle de ferraille. Et quelque chose semblait l’appeler. Un lointain murmure flottait dans le vent, l’invitant à continuer ; à s’enfoncer plus profondément dans le cœur ciselé du bois cuivré.

La mélodie s’amplifiait à chacun de ses pas, le bruissement des feuilles se muant en tintements cristallins qui venaient jouer à ses oreilles comme la musique d’un immense carillon. Les notes s’élevaient, pures et hypnotiques. Elles dansaient, tourbillonnaient, effleuraient son corps mu désormais par une impulsion irrésistible. Dans un semi-coma, ses pas le menèrent paisiblement jusqu’à une clairière entourée par les troncs massifs des sentinelles de métal. Une odeur entêtante de musc et d’humus saturait l’atmosphère, grisant ses sens à chaque respiration. Un calme embrumé l’envahissait comme la promesse d’un sommeil cotonneux et il eut besoin de s’adosser contre un arbre pour ne pas flancher. Les yeux perdus dans la vision onirique qui s’offrait à lui, il se sentait parfaitement détendu à présent. Il était bien, merveilleusement bien ; bercé par l’hymne spectral que fredonnaient les milliers de feuilles agitées par le souffle d’un Eole devenu musicien ; enivré de couleurs et de parfums qui s’écoulaient en lui, sirupeux et riches comme un vin épicé.

De nouveaux sons, chuintements ténus et réguliers, le poussèrent à tourner la tête vers l’orée de la clairière. Le métronome de pas flutés l’avait tiré de sa torpeur et ses yeux s’ouvrirent sur l’inconcevable. Menue, toute en douces courbes et en blondeur angélique, elle fixait ses iris à la teinte orageuse sur lui, distante d’à peine quelques pas alors qu’il la pensait perdue à jamais. Il cligna plusieurs fois des paupières, incrédule, avant de se lever dans un mouvement souple et empressé, pour se diriger vers l’apparition miraculeuse qu’il n’aurait pas même espéré revoir un jour, hormis au sein des atroces cauchemars qui peuplaient ses nuits désormais.

— Moreen ?

Une expression à la fois heureuse et surprise animait ses traits et son ton vibrait d’hésitation lorsqu’il s’adressa à elle. Il parvenait à peine à y croire. Et pourtant, elle se tenait là, au beau milieu de cette forêt fantasmagorique, aussi tangible d’apparence que tout ce qui l’entourait. Le souffle comme bloqué dans la gorge, il ne put rien ajouter de plus, se contentant d’avancer vers elle, l’ébauche d’un sourire emplit de douleur et de soulagement mêlés peint à ses lèvres…
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MessageSujet: Re: There Is a Hell ; Believe Me I've Seen It...   Lun 2 Juil - 15:29

Le mal lui avait ouvert les portes de Gefängnis, et à la seconde même où elle en avait franchit le seuil, elles s'étaient fermées. A tout jamais. Mila s'était retrouvée seule, encore ivre de ces blessures sans nom qui lui avaient fendu l'âme toute entière.

______

L'aube se levait une nouvelle fois, sur ce monde étrange. Sur cette ville malsaine, ses murailles imposantes, effrayantes, ses édifices insalubres et délabrés, ses habitants au regard insistant, dévoreur. Ces visages dénaturés, dépravés. Mila avait déjà eu l'occasion de croiser quelques uns de leur regard, et cela avait suffit pour lui faire comprendre que cette cité n'était fait de rien d'autre que d'abjection en tout genre.

Mais à présent, Mila en était loin; elle avait pris le risque de s'aventurer aux alentours de Close.
C'est donc tout naturellement qu'elle alla en direction de la forêt. La jeune fille avait besoin de calme, de tranquillité pour réfléchir et mettre de l'ordre dans toutes ces choses nouvelles. La forêt lui offrirait ce luxe, elle l'avait toujours fait. Pourquoi pas même en prison?

Ainsi, elle se risqua à cette toute nouvelle exploration. C'était toujours mieux que de rester se cacher en ville.
Seulement, en découvrant la surprenante particularité de ce fameux bois, elle fut d'abord tentée de faire marche arrière. La végétation était curieusement constitué de cuivre, métal qu'elle reconnu à la seconde même où elle posa les yeux dessus.
Aussi étonnée que Mila put l'être, cela ne suffit pas sur l'instant à aller au delà de sa découverte. Il y avait de quoi être réticent, après tout. Qu'allait-elle rencontrer après cela? Des animaux faits de fer? Très peu pour elle! Les risques étant trop grand, Mila s'apprêtait à rebrousser chemin lorsqu'elle entendit, au loin, une sorte d'appel. Un son suave qui l'emporta sans même qu'elle s'en rende compte.

Ces étranges murmures
lancinants résonnèrent jusqu'au plus profond de son être, l'entrainant dans leur danse macabre et léthargique.
Mila se hasarda entre les arbres, empruntant divers sentiers, au gré de ses envies. Ou plutôt selon ce que lui susurrait cette incompréhensible mélodie.

Avait-elle seulement conscience de cette peur dévorante, qui s'accrochait, se balançait, au plus profond de ses entrailles?
Non. Pas une seule seconde, elle n'y prêta attention. Ses pensées suivaient un chemin qu'elle ne connaissait pas: se perdant entre souvenirs et désirs.
Rien d'autre ne comptait aux alentours; rien d'autre que ce chuchotement incessant.

Finalement, ses pieds s'arrêtèrent d'eux-même, rendant le corps de Mila immobile. Celui-ci réprima plusieurs frissons, et laissa aux muscles le plaisir de se tendre le plus possible: son corps s'élevait, droit, face à cette petite clairière mystérieuse et fascinante alors qu'elle fixait de ses yeux pourpres un point imperceptible, abandonné entre deux mondes.

Elle revoyait ses deux petits frères courir devant elle, chahutant et riant aux éclats. Où était passé le teint livide, les vêtements ensanglantés qu'ils portaient la dernière fois qu'elle les avait vu?

Morts, étendus dans leur lit. Victimes d'un sinistre délire, d'une incommensurable fureur.

Mais l'effluve répugnante du sang de cette fameuse nuit lui monta au nez, et lui souleva le cœur.

Au fur et à mesure que les jumeaux s'éloignaient en s'amusant, elle pouvait voir leurs visages se déformer en d'affreuses grimaces d'horreur, de douleur et laissant derrière leurs pas joyeux, d'épaisses traces rouges.
Il sembla à la jeune fille qu'autour d'elle, tout s’effondra. Elle sentit comme un coup sec au plus profond de son âme, alors qu'à elle se rappelaient les sordides événements qui l'avaient amenés ici, dans cette forêt aux reflets de sang.

Et, alors qu'elle s'apprêtait à vomir le peu qui lui restait dans le ventre, elle entendit une voix doucereuse, plaintive. Son souffle se coupa, et elle releva la tête. Derrière elle, des bruissements. Des pas, lents.
Elle se retourna, inquiète. Ce n'était pas les mêmes murmures qui l'avaient bercés à son entrée dans le bois. Non, c'était humain.
Elle en eut rapidement la confirmation, d'ailleurs. Face à Mila se dressa un homme. Plus âgé qu'elle, c'était certain. Il avait ce visage dur, cette carrure imposante qui donna à la jeune fille un mouvement de recul. Mais son regard ne tarda pas à croiser le sien; et dans ses yeux verts diaphanes, elle vit le même tourment dont elle avait été prise quelques secondes auparavant.

Mila hésita, comment lui faire quitter ce ballet cruel dans lequel il s'était laissé lui aussi emporté?

- Ce que tu vois n'est pas réel.. décida t-elle de dire, dans l'espoir que ces mots l'atteignent, alors qu'il continuait à s'avancer aveuglément vers ce corps qu'il prenait pour un autre.
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MessageSujet: Re: There Is a Hell ; Believe Me I've Seen It...   Lun 2 Juil - 18:42

Des mots cruels s’écoulaient depuis ces lèvres lisses et charnues, maintes et maintes fois embrassées. La négation complète et implacable de lambeaux d’espoirs informulés, matérialisés hors du silence et du vide par un miracle inattendu. Qu’est-ce qui lui prenait ? Avait-elle envie de jouer ? De s’amuser un peu aux dépends du perdu qui s’avançait vers sa fine silhouette, hier enveloppée d’un sinistre linceul et pourtant atrocement sublime aujourd’hui dans la lumière blême du petit matin…

Il lui semblait qu’elle était plus réelle que jamais. Et il n’avait aucune envie de jouer. Sa peau frissonnante réclamait la sienne à corps et à cri ; il voulait, plus que tout, se perdre dans son parfum sucré ; enfouir encore une fois ses doigts dans la masse épaisse et chaude de ses cheveux flottant librement autour de son candide visage.

Vivante ; elle était vivante et c’était tout ce qui comptait. Son esprit refusait obstinément d’admettre les paroles captées au fil du murmure de sa voix comme une partie intégrante d’une quelconque vérité.

Plutôt crever sur place que de laisser les sirènes du doute l’emporter loin de l’image adorée qui s’épanouissait sous son regard halluciné. S’il y prêtait seulement oreille, s’il les écoutait, ils le déchireraient. Une fois de plus. Farouchement, il s’accrochait à la chimère d’avoir seulement rêvé toutes ces atrocités passées ; d’être enfin éveillé. Comme un noyé luttant pour échapper à la bouche vorace des abysses, il se cramponnait au désir fébrile qui le secouait jusque dans la moelle de ses os ; enfin, tout rentrait dans l’ordre ; l’Enfer reculait peu à peu tandis que ses pas abolissaient en un battement de cœur la distance qui les séparaient.

— Moreen… murmura-t-il tout bas, comme pour lui-même ; rien que pour le plaisir de sentir la caresse de son nom vibrer dans sa gorge et à ses oreilles.

Une seconde, ses jambes faiblirent sous le coup de l’émotion et il chancela, tanguant dangereusement, tel un bateau ivre. Ivre de joie ; tourmenté par les échos du passé ; il était tout cela et tellement plus à la fois. Un maelstrom rageur de sensations grondait à l’intérieur, hurlant à lui en donner le vertige. Sa voix s’éleva à nouveau, rendue rauque par la surprise et l’émoi qui électrisaient jusqu’aux tréfonds de son être.

— Arrêtes… s’entendit-il lâcher dans un bref éclat de rire aux sonorités désorientées. Ce n’est pas drôle… J’ai cru que tu étais…

Il n’acheva pas sa phrase, refusant de réaffirmer la sentence comme si cela risquait de convoquer à nouveau dans l’espace du tangible le spectre abject du songe noir qui hantait chacune de ses nuits. Elle n’était plus qu’à un souffle de lui désormais ; au prix d’un effort considérable, il repoussa son envie de l’étreindre brutalement pour s’abandonner au plaisir de sentir son corps pressé contre le sien. Doucement, ses mains virent se poser sur les hanches pleines de la jeune femme et il l’attira plus près, inspirant profondément, pour se calmer et emplir ses poumons de l’odeur tendre et rassurante qui émanait d’elle.

Le monde pouvait imploser ; la terre se fissurer sous leurs pieds pour les engloutir dans ses entrailles rugueuses ; toutes les plaies mortelles pouvaient s’abattre depuis les cieux, il n’en avait cure. Seule comptait la délicieuse sensation de sa forme palpitante sous ses doigts ; rien n’existait plus en dehors de la musique de leurs respirations se mêlant à cette mélodie étrange qui continuait de bruisser alentours. Le souffle court, les yeux clos, quelques mots tendus de sourde colère s’échappèrent d’entre ses lèvres :

— J’ai presque envie de tuer… Tu m’as fait peur, idiote.

En prononçant ces paroles, ses mains se crispèrent avec force autour de sa taille, resserrant sa prise comme si c’était son cou gracile et fragile qu’il pressait dans sa poigne. Et il serrait ; de plus en plus fort ; perdant lentement pied ;incapable de réfréner les pulsions fiévreuses qui lui commandaient de l’aliéner à lui pour interdire coute que coute au mauvais sort d'espérer la lui voler. Quitte à la briser.
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MessageSujet: Re: There Is a Hell ; Believe Me I've Seen It...   Lun 2 Juil - 21:27

Ses gestes étaient pesants, ses yeux rivés sur cette terrible vision qu'on lui accordait.
Il s'avançait, tel un automate. Telle une poupée. Quel sort cruel lui avait-on réservé; cette pénible possibilité de voir ce
qui n'existait plus, de toucher ce qui n'était plus.
Et il continuait, petit à petit, à s'enfoncer dans ce gouffre sans fin. Mila n'osait bouger, braver cette certitude désespérée qui s'était emparée de ses pensées. Elle restait silencieuse, les bras ballants, ne parvenant pas à se défaire de ce regard envoûté, envoûtant; il l'aspirait à nouveau avec lui, dans sa spirale infernale, torpeur écœurante.

Encore quelques pas, et il l'atteindrait. Il fallait bouger. Ou peut-être pas. Peut-être devait-elle attendre encore un peu. Lui laisser un peu de répit, le temps que s'évanouisse ces dangereuses chimères affamés d'espoir.

Sa voix rauque s'éleva jusqu'à elle, faisant frémir son corps tout entier. Elle baissa la tête, alors qu'à ses oreilles résonna ce prénom qu'elle ne connaissait pas. Et elle trichait, en le laissant s'approcher, en le laissant croire à cette affabulation enivrante. En entrant dans
son monde sans réelle permission. Que pouvait-elle faire d'autre? Il ne la voyait pas, Mila en était consciente, mais elle comprenait la détresse qu'elle avait pu lire sur son visage et elle sentait sans mal le doux parfum flottant de son bonheur éphémère; cadeau empoissonné.

Cadeau qu'elle lui offrait. Pour quelques secondes, juste pour quelques secondes, elle acceptait de jouer le jeu.
Mila allait lui donner ce qu'il voulait, l'espace d'un instant, avant de le ramener à la dure réalité. Le paradis n'était plus accessible pour des gens comme eux. Peu importe combien leurs souhaits étaient grands, forts. Plus tôt ils s'en rendraient compte, plus simple serait le reste. Mais, ils pouvaient, de temps en temps, lâcher prise. Avoir un peu de repos, aussi infime soit-il. Et c'est ce que Mila décida de lui accorder.

Les longs doigts désireux de l'homme s'emparèrent de ses hanches. Lentement, l'espace les séparant s’effaça. Mila s'octroya elle aussi ce doux plaisir, laissant cette chaleur humaine la recouvrir. Comme ce genre de contact avait pu lui manquer. Dieu ce qu'elle regrettait cette période où elle avait été choyée. Aimée.

Mais la sensation, bien qu'énormément semblable, vint lui tirailler l'estomac. La culpabilité commençait à pointer le bout de son nez; Mila s'appropriait un amour qui ne pouvait être le sien.
Pourtant, elle n'était pas la seule ici à voler quelque chose: l'homme l'avait tirer à lui, pour arracher à la jeune fille aux cheveux ébènes ce qu'elle avait en commun avec ce qu'il avait perdu à jamais. Cette chair commune à toute femme.

Leurs corps, au beau milieu de la forêt cuivré, ne faisaient plus qu'un, captifs d'un monde altéré.
L'homme l'enlaçait, la dominait de tout son âme. Et Mila, médiocre substitution, yeux rivés au sol, continuait de le suivre dans sa danse folle. Elle pouvait sentir l'odeur de sa peau, la force de ses muscles, alors que sous elle se dérobait le sol de ce fantasme interdit.

Mais il la tenait au dessus du vide, resserrant son étreinte douloureuse.
Étouffait-elle à cause de l'étau de ses bras, de ses doigts s'enfonçant dans sa peau à travers ses vêtements, ou bien était-ce à cause du mal qu'elle lui apporterait, une fois qu'elle aurait briser son songe, qu'elle commençait à suffoquer?

N'y tenant plus, elle releva enfin la tête et posa son regard pourpre, épuisé, sur cette pauvre chose pas tant distincte d'elle-même.
Martyr de ses propres désirs.
Et à nouveau, une vague de malaise la submergea.
C'était à Mila que revenait le choix de poursuivre la danse, ou de l'arrêter, enfin. Et quel choix amer, déchirant. Ils ne se connaissaient pas, certes - il n'était, à vrai dire, pas conscient de son existence même, mais sa fragilité, sa misère, attiraient la jeune fille. Inexorablement, il lui était difficile de s'extraire à cet homme.

- Regarde.. susurra t-elle, alors qu'elle posait ses mains glacées sur ce visage faussement serein. Regarde moi bien. Elle inspira profondément - une grande bouffée, comme pour se donner le courage nécessaire. Suis-je réellement celle que tu crois?

Et ses yeux de sang se plongèrent dans l'abîme des siens.
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MessageSujet: Re: There Is a Hell ; Believe Me I've Seen It...   Mar 3 Juil - 16:56

Rouge sang.

L’écarlate explosa à l’intérieur de son crâne lorsque l’illusoire incarnation de sa bien-aimée vint planter ses iris pourpres dans les siens. La fraîcheur apaisante du contact de ses mains fut balayée par l’épaisse chaleur suffocante de la vague vermeille envahissant son univers de fantasmes malades. Les rouages inconscients de la mécanique démente de son esprit s’affolèrent. Sous l’impérieux besoin de lutter pour repousser la peur et le désespoir charriés par la marée sanglante, dans un mouvement instinctif, l’une de ses mains s’écarta des hanches de la jeune femme pour venir se plaquer brusquement contre sa bouche. Qu’elle cesse de parler. Il fallait à tout prix l’empêcher de mouvoir sa langue perfide ; que refluent les mots blessants et la laideur dont ils souillaient tout à coup le monde. Les couleurs s’étiolaient, mourant les unes après les autres, oblitérées par l’humeur noirâtre qui s’écoulait de ses pupilles assassines.

Ses yeux écarquillés, emplis d’horreur, cherchaient désespérément le moyen de se dérober au sortilège macabre luisant depuis les profondeurs des lacs rouges dans lesquels il se sentait inexorablement sombrer. Sa bouche remuait en silence, tentant de cracher des mots désordonnés qui ne furent jamais formulés. Sous son regard, perdu entre douleur et épouvante, la chair blanche et soyeuse de la gorge de Moreen se fendit lentement de part en part. Une plaie béante s’ouvrit, vomissant des torrents de sang qui dégoulinèrent sur sa poitrine, l’éclaboussant au passage de liquide brulant. La monstrueuse réminiscence du cauchemar qu’il avait cru effacé en ces lieux le frappa de plein fouet, lui coupant le souffle. Un cri désespéré mourut dans sa gorge ; ses muscles se crispèrent violement et il la lâcha.

Brutalement. Sans préavis, son corps la rejeta dans une décharge de répulsion viscérale. Hébété, incapable de réagir sur l’instant, il se contentait de la fixer avec ce regard à la fois distant et terrifiant des aliénés. Frénétiquement, sa tête se mit à osciller de gauche à droite, tandis qu’il reculait, ses mains tremblantes s’interposant entre eux, érigées comme une fragile barrière dans un geste de supplication muette.

Le tronc massif d’un arbre de cuivre le stoppa net lorsque son dos en percuta la matière rigide. Il se laissa couler jusqu'au sol, sans plus chercher à lutter. Haletant, épuisé, brisé, Madden détourna le regard pour ne plus voir les traits de Moreen fondre sous ses yeux et se recomposer en une image aux contours anonymes.

Mort. Il était sans doute mort lui aussi ; son âme livrée en pâtures aux créatures voraces de la Géhenne. C’était toujours la Mort qui les menait ici ; il en ressentait l’implacable puissance jusque dans la moindre parcelle de son être. Impossible de lui échapper. Morceaux par morceaux, elle allait le dévorer. Se délecter de la saveur de son chagrin et de sa terreur ; jusqu’à ce qu’il ne soit plus qu’une coquille vide d’essence et de substance.

Respire ! Bordel, respire… s’intimait-il silencieusement, le rideau de ses paupières tiré sur l’hallucination infernale qui survivait au dehors. Petit à petit, son souffle se fit plus régulier. Les spasmes erratiques qui secouaient ses muscles s’arrêtèrent et il rouvrit les yeux, incertain de pouvoir les poser sur l’inconnue sans avoir envie de hurler. Mais cette petit bout de femme à la chevelure d’encre n’avait rien pour inspirer ni l’aversion, ni la peur. Elle paraissait inoffensive, presque innocente, avec son visage délicat à la carnation opaline. Elle était belle même, toute de courbes graciles, le parfum de l’enfance flottant encore sur ses traits fragiles. Madden la dévisageait d’un œil confus, comme cherchant à lier son apparence actuelle et celle qui l’avait poussé à croire encore étreindre Moreen quelques secondes plus tôt.

— Je suis… désolé.

Ce fut tout ce qu’il réussit à articuler à l’adresse de la brune, tandis que son visage se fermait, ses traits figés dans une expression froide et lointaine. Il aurait voulu en dire plus ; beaucoup plus. Mais, à mesure que la conscience du pathétique spectacle qu’il avait livré remontait à la surface, les mots lui échappaient. Honte, remords et colère enflaient dans son esprit ; une douleur atroce pulsait dans son crâne ; ses phalanges lui faisaient mal, blêmes d’avoir trop longtemps serrée la trompeuse vision de son bonheur passé ; le peu d’énergie qui lui restait se mobilisait pour court-circuiter l’envie de pleurer qui compressait sa poitrine ; tout son corps palpitait de détresse, endolori par la fatigue et l’amertume d’un cruel retour à la réalité.

Sans rien ajouter de plus, il détourna le regard pour aller s’abimer dans la contemplation du paysage serein qui l’entourait. Les feuilles cuivrées cliquetaient sous les assauts de la brise. L’étrange mélodie obsédante qui l’avait attiré dans la clairière s’était enfin éteinte. Le charme vénéneux qu’elle tissait au gré de ses notes envoutantes était rompu ; dans un moment, il se relèverait pour quitter définitivement ce maudit endroit et laisser derrière lui l’unique témoin de cet instant de faiblesse. Dans un instant, oui, il se lèverait… une fois qu’il aurait fini d’avaler jusqu’à la lie la liqueur amère de la solitude et des regrets…
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MessageSujet: Re: There Is a Hell ; Believe Me I've Seen It...   Jeu 5 Juil - 17:38

C'était fini.
Enfin. Il avait entendu. Il avait compris. Mila avait annoncé, de sa voix si douce et si trompeuse, la fin de ce songe merveilleux - trop improbable pour être vrai.
Les faits étaient là, et la sentence, irrévocable. Elle n'était pas Moreen.
C'était au tour de ce pauvre être, maintenant, de voir son monde s'écrouler, s’affaisser. Cette vision si plaisante, résultat de son vœu le plus cher, se mouvait en une image cauchemardesque. Tout n'avait été qu'illusion, tromperie. Mensonges.

Sa main tremblante, dans un élan désespéré, se colla sur les lèvres glacées de Mila. Ses paroles, assassines, l'avaient poignardés.
Un mot, une syllabe de plus, et elle l’achèverait.
Macabre exécution.

Mais la jeune fille n'avait rien d'autre à dire. Elle redevenait simple spectatrice, témoin responsable de cette lente agonie, alors que sous ses yeux carmins, l'homme s'enlisait dans l'abysse de ses déceptions. Mila l'avait déjà aidé, elle ne pouvait faire plus. Alors, elle le regardait sombrer, avec toute la peine que cela lui apportait; propre punition pour avoir répondu à ses désirs, à ses plaintes.

Elle lisait dans ses yeux, perdu dans le rouge des siens, les mots qui n'arrivaient pas à passer la barrière de sa bouche. Il ne pouvait exprimer son mal-être, mais Mila devinait ses paroles, ses sentiments déchirants: sur son visage meurtri, elle ne voyait plus que de l'effroi et de l'amertume. Il se dérobait à elle, cherchant un repère, une accroche, un secours éventuel. L'espoir que, peut-être, il puisse arrêter le temps, et serrer dans ses bras, encore une fois, cette parfaite chimère.
Que le cauchemar redevienne rêve. Pour toujours.
Pourtant, l'illusion continuait de se défaire, crachant, vomissant son poison sur cet homme qu'elle avait transformé en loque - à travers ses promesses de rédemption, de seconde chance.

Et alors qu'il tombait encore, indéfiniment, dans ces épouvantables limbes, l'homme repoussa celle qui l'avait si bien abusé.

Qu'il se défasse de ce lien maladif. Qu'il mette un terme à ce rêve meurtrier. Que s'établisse, à nouveau, les frontières de leurs corps, de leurs mondes.

Elle l'avait séduit puis l'avait laissé s'égarer dans cet enfer. Il brulait vif. Qu'elle brule avec lui.

Mila, chancelante, recula de plusieurs centimètres alors que l'autre, vacilla jusqu'à ce que son dos rencontre un de ces mystérieux arbres cuivrés. Il se débattait, encore, face à ses démons impitoyables. Le mirage lui avait semblé si réel, qu'il ne parvenait à s'en défaire complétement, comme la blessure marque à jamais la peau en devenant cicatrice. Le souvenir encore frais de ce fantôme était désormais ancré en lui, imprégnant chaque parcelle de son corps de son empreinte vicieuse.

Dans son sillage, cette maudite créature avait laissé ses traces dans les deux camps; elle avait entraîné Mila dans son plan machiavélique, l'incluant dans son macabre dessein. Simple remplaçante, le temps de quelques secondes au paradis, puis maître de l'exécution de ses supplices.

Mais Mila s'attendait à cette réaction, elle savait le mal qui en découlerait. Alors pourquoi ce relent était-il si âcre? Elle aurait du se sentir soulagée, enfin libérée de cette étreinte infernale et pourtant, elle était amer. Échec cuisant, déchirant.
Et comme si cela ne suffisait pas, elle l'entendit s'excuser. Ses yeux de sang quittèrent enfin ce visage douloureux, pour se figer sur le sol. Elle se sentait honteuse. Honteuse et sale de l'avoir enfoncer de la sorte. De l'avoir traîner volontairement avec elle jusqu'aux Enfers.

- Non, c'est moi.. Je suis désolée, j'aurais du réagir autrement.. Elle hésitait, encore une fois. Ces paroles ne devaient pas être irréfléchies, elle ne pouvait le blesser d'avantage. Elle en avait assez fait. Tu ne pouvais pas savoir, t'en rendre compte tout seul.

Prenant son courage à deux mains, elle s'avança vers lui, avec précaution, pour ne pas le brusquer. Elle s'imaginait sans mal le dégoût qu'il pouvait ressentir en la regardant et elle ne pouvait pas se permettre d'en rajouter une couche.
Pauvre enfant, si forte de bonne volonté, si faible face à la culpabilité.
- Si je peux faire quoi que ce soit pour toi.. murmura t-elle. Elle lui tendait à nouveau sa main.
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MessageSujet: Re: There Is a Hell ; Believe Me I've Seen It...   Ven 6 Juil - 13:46

Faire quelque chose pour lui ?

Les dernières paroles soufflées par la jeune femme arrachèrent un éclat de rire dépourvu de joie à leur destinataire, réaction instinctive et désabusée face à l’ampleur des dégâts involontaires que la scène jouée avait provoqués en lui. Rien n’était de sa faute à elle ; l’entière responsabilité de ce naufrage incombait à sa victime consentante, trop faible pour trouver la volonté immédiate de se battre contre ses désirs aliénés.

— Ca va… répliqua-t-il sur un ton plus venimeux qu’il ne l’aurait voulu.Si tu veux me rendre service, oublies ce qui vient de se passer. Ca suffira, ajouta-t-il en posant les claires eaux encore tourmentées de son regard sur le visage désolé de la frêle créature qui se tenait face à lui.

Bien sûr qu’il mentait ; que ce ne serait certainement pas assez ; rien n’allait ; le sentiment que son monde avait cessé à jamais de tourner rond comprimait sa poitrine ; respirer lui était encore difficile, écrasé sous le poids des émotions contradictoires qui s’affrontaient en lui. Seulement, l’avouer ouvertement aurait impliqué une autre démonstration de faiblesse ; une ouverture de plus sur une intimité qu’il estimait avoir déjà beaucoup trop exposée.

Il flottait entre deux eaux ; balloté entre le désir de retrouver le sanctuaire de miséricorde de ce corps anonyme pressé contre le sien et la pulsion contradictoire de l’envoyer au diable ; elle et la pénible sollicitude transmise par ses mots bienveillants et l’expression, à la fois hésitante et affectée peinte à ses traits. Tout pourvu qu’elle cesse d’avoir ainsi pitié de lui.

Alors, il laissa s’épanouir sur sa bouche un demi-sourire, affectant dérision et futilité avec toute la force de conviction offerte par une vie passée à dissimuler ses failles aux prédateurs impitoyables qui rodaient alentours dans l’attente d’un faux pas pour lancer la curée ; il affichait l’air convaincu que les minutes précédentes n’avaient aucune espèce d’importance ; pas même le plus petit semblant de réalité. Pourtant, ce sourire n’avait pu venir porter le mensonge jusqu’à ses yeux, à la surface desquels s’attardait un voile troublé ; peu lui importait ce qu’elle pourrait penser ; qu’elle décèle ou non ce sursaut de fierté brandit par son ego lui était égal ; pour peu qu’elle ait la sagesse et la correction de feindre n’avoir rien remarqué.

— Quoi que… Tu n'as pas une cigarette, j'imagine ? s’entendit-il lancer négligemment, le fil rocailleux de sa voix plus aimable et plus serein désormais.

Des paroles aux antipodes de ses pensées. S’il crevait d’envie de poser les lèvres autour d’une de ces tiges empoisonnées, ses véritables aspirations dépassaient de loin pareille banalité. Aussi vrai qu’il aurait tué pour la possibilité de s’intoxiquer en saturant ses poumons de fumée, soutenant l'invraisemblable regard rubis de son vis-à-vis, c’était du contact suave et moite de sa peau, de l’oubli qu’il pourrait trouver à travers lui que son être se consumait. Il voulait sentir son épiderme glisser contre le sien ; recouvrir la blessure encore à vif que sa rencontre en ses lieux avait rouverte violement et laissée béante ; il avait besoin de l’étreindre à nouveau pour repousser ne serait-ce que quelques secondes le spectre mutilé de Moreen dont l’affreuse image, gravée au fer rouge sur sa rétine, lui donnait la nausée.

Plus que tout, il avait envie de lui demander comment survivre à l’absence ; au vide cruel et insatiable qui vous rongeait comme un cadavre les vers, creusant sans répit à travers la chair jusqu’à venir grignoter votre âme, festoyant sur les ruines des espoirs annihilés.

Toutes ces questions inutiles ; tous ces vœux que les hommes, tremblants de derrière les barrières de dignité et de fierté érigées comme seuls remparts contre la sauvagerie des autres — trop enclins à se muer en adversaires dès que l’odeur du sang venait chatouiller leurs instincts — n’osent jamais formuler à voix haute ; toutes ces prières muettes, elle aurait peut-être pu les exaucer. Mais il avait grandi dans un milieu où ce genre de sensibilité s’apparentait à un suicide. Même auprès de Moreen, il ne s’était jamais vraiment ouvert, se bornant aux frontières d'une sorte d’accord tacite où chacun lisait entre les lignes, décodant et devinant l’autre avec plus de justesse à mesure que le temps passait.

Il se rabattit sur un vague substitut, enchainant sans laisser le temps à la brune enfant d’apporter une réponse à sa première question qui, de toute façon, n’en appelait aucune réellement.

— Dis moi... Qu’est-ce qu’une fille comme toi fout dans un endroit pareil ?

Une fille comme toi. Il ne la connaissait pas. Alors qu’est-ce que ça sous entendait au juste ? Rien de particulier, si ce n’est qu’elle n’était pas tout à fait le genre de la maison. Dépourvue des signes extérieurs de brutalité et de vice qui s’épanouissaient sur la plupart des visages hantant ces lieux, elle semblait déplacée dans le paysage moribond de la prison. Un agneau dont les loups auraient tôt fait de se repaitre avec voracité.

C’était cette curiosité qu’elle éveillait chez lui, couplée au besoin viscéral d’entrevoir à son tour les cicatrices cachées sous le tapis parfait de sa peau d’albâtre qui le poussèrent à l’interroger sans prendre de gants. Il voulait la voir saigner à son tour ; la contempler aux prises avec ses démons intérieurs comme elle avait eu le loisir de le voir lutter, impuissant à se protéger des assauts meurtriers de sa propre psyché…

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MessageSujet: Re: There Is a Hell ; Believe Me I've Seen It...   Sam 7 Juil - 14:06

Oublier.

Sa requête semblait si simple. Mila l'avait vu nu, brisé par la cruauté de ses propres tentations. Il ne pouvait naturellement pas tolérer, au delà du fait qu'elle ait pu en être spectatrice, qu'elle s'en souvienne.
Sa demande était donc compréhensible et il n'y avait aucune raison valable pour que la jeune fille la refuse.

Et pourtant, alors qu'elle continuait à sonder de ses yeux sanglants l'esprit encore tourmenté de l'homme, elle repoussa cette idée. Elle ne lui accorderait pas ce luxe. Jamais, non jamais, elle n'oublierait ce qu'ils s'étaient faits, infligés. Le douloureux souvenir de ces instants s'était gravé dans son cœur, dans son âme et dans aucun cas, il ne s'effacerait. Et ce, même si Mila en aurait souhaité le contraire.


Ainsi la conscience de l'homme était faite. Maudit à se souvenir, encore et encore, sans omettre aucun de détails, l'odieuse dureté de la vie. Se rappeler, encore et toujours, de ces brûlures et de leur insupportable chaleur pénétrant notre peau, notre chair.

C'est pourquoi la jeune fille se contenta de n'émettre aucune réponse; faisant semblant d'accepter cette affligeante prière alors qu'elle continuait, instinctivement, de le dévisager, captant chaque émotion le transperçant.
Comme pour s'imprégner, encore, de sa douleur.

Jusqu'à ce que sur ce visage peiné vienne s'installer un sourire. Mila en fut d'abord surprise, puis soulagée. Même s'il était forcé, ce sourire vint la rassurer: il avait au moins retrouvé la force, la volonté de cacher ses faiblesses. Elle le sentit sur la défensive et, intérieurement, elle en fut ravie. Enfin, il commençait à se relever, à se défaire du piège qu'avait été l'enchantement de la forêt.
La torture visuel était achevé, laissant derrière elle ses vestiges à ses ignorantes victimes.
Ils pouvaient passer à autre chose, faire la pénible mais néanmoins nécessaire transition alors que dans leurs cœurs saignaient toujours les coupures provoquées.

Son compagnon d'infortune coupa court à ses pensées, formulant une nouvelle demande à son égard.
Une cigarette? Non, elle n'en avait pas. Elle n'en avait jamais eu, d'ailleurs. Peut-être avait-elle déjà essayé d'en fumer une, mais elle n'en avait pas retenu ni la saveur, ni le contentement que ce poison était censé provoqué.

Tu imagines bien, eut-elle envie de lui répondre, mais, à la place, elle haussa les épaules.
Elle doutait, qu'ici, il puisse en trouver. Elle doutait, qu'ici, ils puissent trouver quoi que ce soit leur permettant de décompresser. Ce monde était fait pour les consumer, eux. Pour les ronger, lentement, aussi longuement que possible. Ils venaient à peine d'en faire la première expérience.
Peu importe, ils trouveraient de quoi compenser. Elle trouverait.

Mais, alors qu'elle se perdait à nouveau dans les couloirs étroits de son esprit, l'homme l'arracha à ses réflexions une seconde fois. Et cette fois ci, il la frappa de plein fouet.

Le regard de l'adolescente aux cheveux ébènes quitta le sien, auquel elle s'était si longtemps accroché, pour venir se déposer sur le décor les entourant. L'endroit, si calme, se transforma. Au lieu des arbres cuivrés, et de leurs feuilles scintillantes, elle vit son miroir, et le reflet
sanglant qu'il lui avait renvoyé cette nuit là.
Cette nuit où tout avait changé.

- Je ne sais pas.. s'entendit-elle lui répondre, alors que son expression changeait, au même rythme qu'elle revoyait l'effroyable essence rouge dégoulinant le long de ses mains, de ses bras, contrastant sa peau blafarde.

Combien de nuits, de jours, avait-elle passé à jouer, encore et encore, la même pièce, les mêmes scènes, dans l'espoir de comprendre le pourquoi du comment?
Combien d'heures perdues à interroger ses songes?

Mila se sentit défaillir. Cette insupportable odeur de mort, surgissant de nulle part, était revenue.
Elle lui prit le cœur, la remuant entre l'impétueuse envie de vomir ses entrailles et l'ardente nécessité de déglutir, de repousser l'exécrable.

Comme c'était cruel de sa part. Il inversait les rôles; pour la voir sombrer. Qu'elle tombe dans le torrent gigantesque de ses pêchés. Qu'elle s'enfonce, tête baissé, dans le déluge destructeur de ses fautes. Après cela, ils seront quittes, liés par la même souffrance, le même trouble. La même humiliation.

- Je ne sais pas ce qu'il m'a pris... murmura t-elle d'une petite voix tremblante. Est-ce que les choses peuvent encore être réparés, quand on comprend?

Elle savait déjà la réponse. Et elle était négative, le pardon n'étant plus possible. Mila était maudite, damnée à errer jusqu'à ce qu'elle ne puisse plus, avec pour seuls amis la solitude et les regrets.

Son regard quitta enfin ce point perdu entre les arbres pour se déposer sur son tortionnaire. Ses yeux rouges, glaciales, feintant l'indifférence, se plantèrent dans les émeraudes la contemplant, dans l'attente du moindre signe de faiblesse.
Mais Mila ne se laisserait pas glisser aussi facilement.
Pas encore.

- Crois-tu vraiment avoir besoin de connaître mon histoire?
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MessageSujet: Re: There Is a Hell ; Believe Me I've Seen It...   Mar 10 Juil - 12:45

Elle se dérobait.

Et l’indiscret personnage sur lequel elle dardait des prunelles faussement sereines ne pouvait le lui reprocher. Après tout, elle n’était pas responsable du fait que ses démons soient venus danser en pleine lumière, sans pouvoir y opposer le genre de défense que la jeune fille érigeait sur l’instant. Au nom de quoi aurait-elle accepté d’offrir une compensation à sa peine en livrant ses propres douleurs à un vulgaire inconnu ?

S’il avait beaucoup de défauts, la cruauté, le sadisme même, n’en faisaient pas partie. A l’instant où quelques balbutiements tremblants s’étaient glissés hors de ses lèvres pour tenter de mettre des mots sur l’indicible, en la voyant se débattre pour contenir ses émotions, il avait regretté d’avoir délibérément cherché à la mener sur ce terrain.

Est-ce que les choses peuvent encore être réparées, quand on comprend ? Cette supplique, plus que tout autre chose, toucha la corde sensible, le ramenant à l'âpre conscience qu’il existait des actes, des erreurs, impossibles à effacer. Et des manques qui ne pourraient jamais être comblés, peu importe l’ardeur avec laquelle on tenterait de remplir le vide avec tout ce qui passait à portée, en espérant cicatriser. Elle avait l’air si jeune et déjà si abimée ; elle aurait du sourire ; danser ; aimer ; pas se torturer encore et encore, éternellement happée par les eaux bourbeuses et meurtrières du doute, de la mélancolie et des regrets.

Sans quitter le ciel rouge de ses yeux, Madden se leva et, quittant l’inconfortable tapis de terre aride qui l’avait soutenu lorsque qu’il s’était sentit au bord de s’écrouler, vint se placer à un souffle de son visage de poupée. Tête inclinée, pour pouvoir garder le regard accroché au sien, il libéra un profond soupir. L’instinct lui commandait de l’entourer de ses bras ; de lui offrir une étreinte reposante ; l’asile bienveillant d’une épaule sur laquelle pleurer en silence. Mais malgré ce qu’elle avait pu entrevoir, malgré les cicatrices qu’il devinait les rapprocher, aucune autre forme d’intimité n’existait entre eux au-delà de ce lien de désolation partagée. Il ne connaissait même pas son nom.

Cette pensée raviva le souvenir de Moreen, de la nuit de leur rencontre, faisant naitre sur ses lèvres un faible mais sincère sourire, teinté de tristesse. Dans un mouvement plein de retenue, il se contenta d’écarter doucement une mèche d’ébène encadrant le visage fermé derrière lequel elle s’était retranchée. Infiniment las de sentir peser sur eux le poids écrasant de la souffrance et du péché, il préféra choisir de déposer les armes ; qu'un semblant de paix leur soit peut-être accordé, au moins pour un instant ; dusse-t-il être aussi bref qu'un battement de coeur.

— Non, ça n’est pas indispensable… si tu ne veux pas en parler.

Il comprenait trop bien le terrible effort et l’enfer qu’impliquait d’extirper hors de soi par la parole le genre d’odieux secret qui avait pu mener ses pas jusqu’ici ; et de même, le désir de conserver sa dignité, de se lover autour de sa douleur pour tenter d’en étouffer les pénibles pulsations jusqu’à ce qu’elles deviennent un peu moins dures à supporter.

Cependant, trop de détails l’intriguaient chez elle pour qu’il ne la questionne pas à nouveau. Ses iris à la vibrante couleur de sang, notamment. Sa main glissa, effleurant de ses doigts la peau neigeuse pour venir se poser sur sa joue, englobant dans sa paume l’ovale parfait du visage où s’enchâssaient ces curieuses gemmes grenat.

— Tes yeux… murmura-t-il comme si en mentionner l’existence s’apparentait à admettre la réalité d’une créature fantasmagorique issue des mythes et des légendes. Ils ont toujours été de cette couleur ?

Demandé ainsi, dieu que cela paraissait aussi stupide qu'inutile. Il était évident qu’elle ne portait pas de ces artifices travestissant parfois le regard des autres au dehors. Mais pour autant qu’il sache, cette teinte aurait pu venir d’une quelconque maladie, tant elle était singulière et perturbante. L’homme secoua légèrement la tête, avant d’ajouter quelques explications à son interrogation.

— Je veux dire… d’autres ont les même dans ta famille ? Ou tu es la seule ?

La question avait été posée en toute innocence, sans qu’aucune malice ne soit dissimulée dans le choix des mots qui la composaient. Il ignorait que ses proches reposaient dans le silence glacé du tombeau ; que peut-être il la blesserait une fois encore, sans l’avoir prémédité. Le vert translucide de ses prunelles ne reflétait rien d’autre qu’un profond étonnement face à l’invraisemblable particularité de cette enfant. Il aurait voulu pouvoir cesser de la scruter de la sorte, comme on détaillait jadis sans pudeur et sans retenue les hommes difformes exposés dans ces foires sordides, tels des bêtes curieuses destinées à asssouvir l’appétit cruel et les pulsions malsaines des foules.

Mais ses yeux le retenaient captif de leur éclat sanglant, l’autorisant seulement à rompre l’impudent contact de sa main qui s’était attardée à la surface de cette peau anonyme, dont la sensation réconfortante lui manqua à la seconde où il s’en détacha... le laissant avec l'amère sensation d'abandonner ainsi l'unique fragment de paradis subsistant dans cet univers infâme au sein duquel ils avaient chuté.

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MessageSujet: Re: There Is a Hell ; Believe Me I've Seen It...   Ven 13 Juil - 16:35

Mila ne pouvait plus rompre le lien qui s'était tissé lentement entre leurs regards; elle attendait, les battements irréguliers de son cœur cognant de plus en plus fort dans sa poitrine, qu'il abandonne. Qu'il lui épargne ce combat, trop difficile à gagner. Trop difficile même à jouer. Elle le toisait, silencieuse et impassible, alors qu'elle bouillonnait d'envie, à l'intérieur, de lui montrer ses plaies béantes, dans l'espoir qu'il panse ses blessures, soulage ses brûlures. Mais elle l'en savait incapable. Et c'est pour cela qu'elle s'y refusait.

Pourtant, une nouvelle fois, les frontières de leurs corps s'effondraient. Il s'était levé, rompant l'image du pauvre homme brisé qu'il était devenu depuis sa chute du monde des espoirs vains.

D'un pas plus certain qu'auparavant, il l'avait atteinte, séparé d'elle plus que par son souffle, chaud et languissant. Mila frémit à ce contact, laissant son dos se raidir dans un mouvement indicible, invisible. Quel était cet ineffable sentiment? Elle n'osa y répondre, ni même s'accorder, s'allouer juste pour quelques secondes, le désir de se blottir dans les bras de son vis-à-vis; de sentir, encore, ses mains brûlantes sur ses hanches.

Doux caprice d'une conscience tourmentée cherchant à s'apaiser mais qui n'y parviendra jamais..

Elle préférait encore la douleur qu'elle avait ressenti lors de leur précédente étreinte, que celle des déchirantes raisons de sa venue à Gefängnis. Mais elle sentit sur sa peau laiteuse, cette main, tremblante et délicate, repoussant les mèches de cheveux rebelles tombées négligemment sur son visage enfantin - comme si en se cachant de la sorte, elle pouvait se soustraire à l'imposante stature de son aîné et à ses interrogations.
Il ne lui fallut pas plus pour comprendre: elle avait espéré une abdication, il ne le lui avait pas refusé, répondant silencieusement à sa demande, le temps d'une caresse. Les mots qu'il prononça à la suite la conforta dans un état semi-paisible, adoucissant petit à petit ses traits. Il lui laissait la possibilité de fuir, d'échapper aux griffes acérées des démons sans pitié peuplant ses tourments, à l'affut de la plus petite parcelle de peau, d'âme, à déchirer.

Elle voulu laisser échapper un long soupir, lourd de souffrance comme de soulagement, mais le regard insistant qu'il posait sur elle, lui fit retenir son souffle. Il la dévisageait, intrigué, comme s'il ne l'avait jusque lors pas regardé.
Mila ne s'en étonna pas, comme elle ne fut pas surprise par sa question. Ce n'était ni la première, ni la dernière fois qu'on le lui demandait ce genre de choses. Ses yeux de sang avait toujours fascinés, c'était un fait. L'homme en face d'elle n'échappait pas à la règle.

A vrai dire, elle comprenait leur surprise. Leur fascination. Mais elle n'avait pas de réponse pour expliquer cette couleur tant distincte, singulière.
Il semblait choisir ses mots avec le plus grand soin, comme pour éviter de brusquer la jeune fille. Néanmoins, Mila ne soucia pas de la demande pressante ancrée dans ses iris verts la scrutant, pas plus que des termes qui pourraient lui être affligeants et pénibles.

- Ils sont comme ça depuis ma naissance. Elle avait senti la chaleur de sa main la quitter, alors qu'elle décelait au plus profond de ses yeux, l'amer regret d'avoir esquisser ce geste, d'avoir rompu à nouveau le contact physique dont ils n'arrivaient tout deux à s'y défaire. La sensation, trop agréable, s'accrocher à eux. Pour ne plus les lâcher. Et.. Je suis la seule à les avoir de cette teinte...

Elle se sentit honteuse, tandis que le souvenir de ses frères lui revint. L'inexplicable coloration carmin de leurs yeux, particularité des enfants Demps. Mais puisqu'ils n'étaient plus de ce monde -
de l'autre monde, inutile le préciser.

- C'est particulier, comme pigmentation. Mais on s'y habitue vite.. Comme on s'habitue à la curiosité des gens à cet égard.

Elle lui sourit, plus par pure gentillesse, que par nécessité de détourner son attention.
En faite, son intérêt l'amusait.

- Tu ne m'as pas dis ton prénom, maintenant que j'y pense... murmura t-elle.
Petit à petit, ils brisaient, chacun leur tour, les barrières imperceptibles restantes, les séparant.



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