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 Dans les reflets gris, le souvenir d'une vie accomplie. (ALICE)
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MessageSujet: Dans les reflets gris, le souvenir d'une vie accomplie. (ALICE)   Dim 25 Mar - 12:52

« DANS LES REFLETS GRIS,
LE SOUVENIR D'UNE VIE ACCOMPLIE. »
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Parfois, il ne sait pas vraiment pourquoi ni comment, Aleksandar ne souhaite qu'une chose : mourir. Que le temps s'arrête pour de bon, suspendu entre le passé, le présent et le futur pour qu'Aleksandar se rappelle, sache et voit. Se souvenir des moments qui l'ont bâti, savoir et réaliser que son cœur vit ses derniers battements, voir et imaginer ce qu'il aurait encore pu faire et ce qu'il aurait pu devenir s'il n'était pas mort. Cette pensée omniprésente le fascine et le terrifie à la fois, et par moment, sans prévenir, elle se met à l'obséder au point qu'il ne puisse penser à rien d'autre.
Et se je mourrais ? J'ai envie de mourir. J'ai peur. Pourquoi ?
Aussi, il existe tellement de moyen de mourir. De vieillesse, de maladie, noyé, calciné, écrasé, empoisonné, affamé, assoiffé, assassiné. La faim et la soif, tout le monde les a connu au moins une fois à Gefängnis. Et encore, une seule et unique fois pour les plus chanceux (ou malchanceux, si ces statistiques sont dues à une mort précoce). La maladie et le meurtre, tous le craignent. La vieillesse, tous l'envient et désirent l'atteindre. C'est tellement rare de voir un senior que lorsqu'on en croise un on peut être certain d'une chose : cette personne a un instinct de survie aguerri.
Bizarrement, Alek n'a jamais désiré vivre assez longtemps pour vieillir. Il est déjà mort une fois, ce terrible jour où lui et sa sœur furent traquer dans la forêt. Dans le monde réel, tous ceux qui l'ont connu et qui se souviennent de lui doivent le penser décéder. Un enfant de plus mort à cause de l'atroce humanité. Pour lui aussi, cet enfant n'existe plus. Ce n'est qu'un souvenir lointain, oh ! si lointain, comme un rêve éphémère perdu et écrasé entre deux rêves cauchemardesques. La couleur du ciel, le parfum de l'herbe coupé, le goût des fraises en été : tout ça n'est plus qu'un conte douloureux à son cœur, une mauvaise farce qu'il ferait mieux d'oublier.
Mais comment oublier huit ans de vie ? Comment effacer définitivement ce qui a été pour lui les années les plus heureuses et innocentes qu'il ait eu ? Ces images colorées et sucrées qui se rappellent à lui dans ce monde gris et fade lui torturent l'esprit et le cœur, ébranlant son âme et son corps. C'est comme s'il était deux personnes, deux caractères forgés par deux vies différentes ; il ne sait plus qui il est vraiment.
C'est ce sentiment là que ressent Aleksandar dès son réveil ce jour là, allongé sur le matelas dur et inconfortable de sa maison du quartier pauvre de Close. À peine ouvre-t-il les yeux qu'il sait qu'aujourd'hui il ne sera pas le prestidigitateur comédien et menteur, mais Aleksandar le petit garçon arraché à ses parents et sa liberté perdu dans un monde qui le dépasse. Il s'habille péniblement et ne mange pas avant de sortir de chez lui. Il n'a pas envie de travailler aujourd'hui, de faire rêver les autres tandis que lui se morfond dans l'ombre.
Alors il marche. Loin, loin, si loin. Ses jambes fatiguent, son estomac crie famine, ses lèvres se dessèchent. La lumière décline, Alek comprend qu'il a marché toute la journée et que Gesetz a décidé que la nuit tomberait, qu'il est temps pour les prisonniers de rejoindre leur lit. Mais Aleksandar est si loin de chez lui. Loin de sa petite maison dans l'Europe Centrale, de son lit douillet et de ses parents aimants. Alors que l'obscurité se fait encore plus étouffante, il sort de la jungle et débouche sur la plage. S'il existe bien un endroit qu'Aleksandar aime à Gefängnis, c'est bien la plage. Et pourtant elle est si différent de celle du monde réel. Pas un brin de vent ne souffle sur la peau d'Aleksandar (cela fait longtemps qu'il a remarqué que la brise se fait rare en dehors des plaines venteuses), le sable décoloré sous ses pieds ressemble aux cendres d'un volcan en éruption et la mer aux couleurs si noires semble embrasser le ciel sombre à la perfection. Un frisson hérisse la peau d'Aleksandar. Si beau et triste à la fois.
Il s'avance dans ce décor noir. S'il devait choisir le lieu de sa mort, ce serait celui-ci. Un mélange entre mélancolie et apaisement effleure doucement son cœur, et sans qu'il ne sache vraiment pourquoi, il ôte sa veste aux couleurs chatoyantes jurant avec le décor et la pose dans le sable. Il délace ensuite ses chaussures, les laissant reposées près de son manteau. Sous ses pieds et entre ses orteils, les grains de sables surnaturellement tièdes réchauffent la peau de ses pieds. Le silence règne, seulement brisé par le clapotis des vagues. La mer est calme, presque plate. Cela fait longtemps qu'aucune tempête n'y a été vue. À croire que les Trois Dirigeants ont décidé de laisser leurs prisonniers tranquilles pour savourer la mer.
Alek s'approche de l'eau jusqu'à ce que ses pieds soient en contact avec l'eau à chaque remous des vagues. La caresse de l'eau le fait soupirer. Sans prendre le temps de se déshabiller, il marche jusqu'à ce que l'eau tiède lui arrive jusqu'aux genoux. Ses mouvements sont gênés par son pantalon imbibé d'eau, et bien vite il se laisse tomber et immergé par la mer. Ainsi enfoncé sous l'eau, les yeux clos et l'oreille attentive, le monde semble devenir tout autre. Dans cette position, il pourrait tout aussi bien se trouver dans la mer méditerranée, dans le monde réel, avec à la surface ses parents et Anka l'attendant sur la plage. Bien plus : cette sensation de flottement et de silence aqueux pourrait être la même que s'il se retrouvait dans le liquide amniotique de sa mère. Mourir noyé c'est comme revenir au stade zéro de la vie.
Mais aujourd'hui, Alek n'a pas envie de mourir.
Il bas des bras et des jambes afin de crever la surface de l'eau. Revenant sur la rive, il s'assoit dans le sable humide, ses pieds à portée des vagues. Sa chemise et son pantalon noir collés à la peau, il grelotte mais n'a pourtant pas l'impression d'avoir froid. Il sent ses yeux brûlés et ses joues mouillées, mais il ne sait pas si c'est à cause des larmes ou de l'eau de mer.
Aleksandar a envie de mourir, mais pas aujourd'hui.


Dernière édition par Aleksandar Mihajlović le Mer 4 Avr - 12:50, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Dans les reflets gris, le souvenir d'une vie accomplie. (ALICE)   Dim 25 Mar - 19:40




    Quand Alice se réveilla, dans Carrousel, elle eut un sursaut de surprise.
    Et comme d’habitude, elle referma les yeux, et choisit avec soin l’Ombre qu’elle faisait entrer en elle aujourd’hui.
    La Rafleuse ? La Voleuse ?
    Elle pouvait enfiler la Contempleuse et rester silencieuse toute la nuit, sur les toits de Close, et observer le ciel.
    Elle pouvait décider de devenir la Malicieuse, et faire des farces dans les rues du quartier rupin, par pur plaisir.
    Qui deviendrait-elle aujourd’hui ?
    C’était son éternelle question du matin. Quelle personnalité enfiler ?
    Elle cultivait avec soin toutes ses Ombres, comme elle les appelait. Les facettes d’elle même, ses talents d’actrice. Elle en supprimait, en créait, en améliorait.
    Quelque part, elle se disait parfois qu’elle était une artiste.
    Façonneuse d’Ombres.
    Parfois…
    Parfois, lors de son introspection matinale, elle effleurait du doigt la Véritable Ombre.
    La plus grande, et pourtant toute recroquevillé à l’intérieur de la conscience d’Alice. La jeune fille effleurait sa personnalité du doigt, piquait une mimique, ou un trait de caractère, pour le greffer à un autre personnage.
    Elle avait fragmenté sa Véritable Ombre en multiples capes noires, et elle s’en drapait d’une tout les matins.
    Alice n’était jamais la même.
    Elle ne savait rien d’où elle venait et de son passé, alors pourquoi endosser sa personnalité véritable ?
    Pour tout connaître, mieux valait savoir changer et disparaître, sans cesse, avec un maximum de possibilités.
    Alice ouvrit les yeux.
    Elle sortit de Carrousel sans s’être réellement décidée. Dans le quartier général des Rafleurs, elle restait Rafleuse. Automatisme dicté par la nécessité.
    Mais elle était sortie maintenant.
    Il faisait nuit. Et Alice n’aimait pas la nuit. Elle détestait ça. Un frisson de haine envers ce ciel d’un noir impénétrable et étouffant la parcourut.
    La mer des Brumes s’étendait sous ses pieds. Alice surplombait la plage depuis une petite falaise, là où ses jambes l’avaient traînée.
    Elle se sentait vide, comme le ciel.
    Elle n’avait toujours pas fait son choix.
    Soudain, un mouvement lui fit relever la tête. Un jeune homme fin et blond, à l’air profondément mélancolique, sort des vagues.
    Il est vêtu d’un pantalon noir et d’une chemise blanche trempés.

    - ALEK ! s’écrit Alice

    Elle saute de la falaise avec la grâce et la légèreté qui lui sont propre.
    Sans réfléchir à quoi que ce soit.
    Elle atterrit telle une plume, malgré la hauteur. A croire que la gravité n’a pas d’action sur elle, alors qu’il suffit juste en réalité de poser ses jambes correctement lors de la réception au sol. Artifice qui nécessite des heures d’entrainement acharné.
    Elle court vers le jeune homme, assit sur la plage.

    - ALEK !! répète-t-elle, n’osant trop y croire.

    Sans s’en rendre compte, elle a enfilé sa Véritable Ombre. La petite orpheline, sœur d’adoption d’un certain jeune homme blond, celui qui a l’air profondément triste.
    Il y a si longtemps qu’ils ne se sont pas vus…
    Des souvenirs lui reviennent, joyeux, drôles, tristes.
    La partie de son enfance dont elle a le souvenir, avec les éternelles leçons de son maître prestidigitateur, l’œil agaçant d’Alek voulant la protéger, les vols de bourse lors des spectacles, les éternelles question emplit d’une curiosité qui la dévorait. Et qui la dévore toujours.
    Elle a l’impression que la mer des Brumes s’agite d’un invisible frisson, ou alors est-ce elle qui s’imagine l’impossible, n’étant plus habituée à être elle même ?
    Elle ne sait pas.
    Elle a juste l’impression que quelque chose chez Alek ne va pas.
    Et elle est heureuse de le revoir et d’être là pour rectifier ça.
    Il a intérêt à tout lui expliquer !
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MessageSujet: Re: Dans les reflets gris, le souvenir d'une vie accomplie. (ALICE)   Mer 4 Avr - 14:00

« LA LUMIÈRE DANS CE COIN SOMBRE,
TA PÂLEUR PARMI LES OMBRES. »
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La vision ainsi brouillée, la limite entre mer et ciel se fait encore plus floue et seule l'écume moussante rappelle à Aleksandar qu'il a bel et bien les pieds sur Terre. Ou du moins si l'on peut appeler cela la Terre. Car sur la jolie planète, la mer n'y est pas noir, le ciel n'est pas brumeux, l'air ne glace pas les entrailles à chaque instant et le paysage ne semble pas souhaiter le malheur à chacun.
Enroulant ses bras autour de ses genoux repliés, Alek se souvient. Du ciel pâle du matin, bleu du midi et rosé du soir. Du parfum de la nuit, de la pluie et de l'été. Des couleurs de l'automne, des fleurs et de la chaux sur les maisons. Du goût du chocolat, des fraises et de l'eau claire. De la sensation du vent dans ses cheveux, de la neige sur ses joues, du sel marin sur ses lèvres. De ce monde qui n'est désormais plus le sien.
Bien plus saisissant, il se rappelle du visage des membres de sa famille, de l'odeur fleurie de sa mère, de la voix grave de son père, du rire claironnant de sa sœur. Il la revoit courir joyeusement dans la rue pour le semer, à moitié débraillée et hurlant son prénom entre deux éclats de rire.
« ALEK ! »
Sans qu'il n'en soit conscient, ses lèvres s'étirent en un sourire heureux et rêveur. Il manque de trébucher sur un pavé mal enfoncé de Zvornik, se rattrape de justesse et se lance à la poursuite de la fugitive. Il sent ses cheveux battre joyeusement sur ses joues et un rire amusé s'échappe d'entre ses lèvres.
« ANKA ! ATTEND ! »
Sa petite sœur adorée lui jette un regard provoquant et malicieux. Un regard de défi qui semble dire : ''attrape-moi si tu peux''.
« ALEK ! »
Il ouvre les yeux. La mer est là, toujours aussi noire, toujours aussi triste. Tout ça n'était qu'un rêve, peut-être un souvenir. Il ne sait plus bien. Mais le son de son prénom résonnant dans l'air chatouille encore ses oreilles. Il se retourne, regardant autour de lui. Et il la voit. Avec ses beaux cheveux rosés, ses jolis yeux d'émeraude et son sourire chatoyant. Son cœur à lui fait un bond, s'arrête un instant et repart de plus belle tandis que ses yeux s'illuminent.
Même ici, dans son nouveau monde froid et hostile qui ne veut pas de lui, le bonheur persiste, plus fort et plus important que jamais. C'est en Alice qu'il se place. Elle incarne l'amour et la famille, l'espoir et la confidence. Cette fois c'est un véritable sourire qui s'épanouit sur son visage et il se relève lentement, n'osant trop y croire.
« Alice... ? »
Cela fait si longtemps qu'ils ne se sont plus vus. Tant de choses se sont passées entre ce moment et leur dernière rencontre. Trop de choses. Il ne sait plus. Il ne veut plus savoir. Maintenant, Alice est là.
Il s'approche d'elle doucement, d'un pas mal assuré. La sensation de ses vêtements mouillés frottant contre sa peau lui est désagréable, mais il l'ignore. Posté devant sa petite sœur, celle qu'il porte dans son cœur, il fixe son visage d'un air attendrit. Il a bien envie de rire : ils ont tous les deux presque la même coupe de cheveux. Mais son cœur est trop embourbé dans ce mélange de mélancolie et de joie pour qu'un son de la sorte de passe ses lèvres.
D'une main légèrement tremblante, il passe ses doigts dans les mèches roses contre sa joue. Il a toujours adoré les cheveux de sa sœur, si beaux, si doux. À côté, sa propre chevelure pourrait être qualifiée de brins de paille.
« Alice. »
Sa bouche se réhabitue à la prononciation du joli prénom, et une douce chaleur l'enveloppe. Il passe ses bras autour des épaules de la jeune fille et la serre contre lui. Tant pis s'il est trempé, tant pis si cela fait longtemps qu'ils ne se sont plus vus. Il a juste envie de la sentir contre son cœur. Son parfum caresse gentiment les narines d'Alek et quelques larmes lui montent aux yeux tant il est heureux de la voir.
« Alice, comme tu m'as manqué... ! »
Soudain il se rappelle pourquoi ils ne se sont plus vus depuis si longtemps. Il se souvient de ce que les gens lui ont raconté. Ce qu'il n'a pas voulu croire, ce dont il a douté pendant si longtemps.
« Pourquoi avoir rejoint les rafleurs, douce Alice... ? »
Il s'écarte. Son regard est triste.
« Je ne comprends pas. »
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MessageSujet: Re: Dans les reflets gris, le souvenir d'une vie accomplie. (ALICE)   Ven 6 Avr - 6:48

    Alice ne ressentait plus rien d’autre que de la joie. Un sourire s’épanouit sur ses lèvres. Un sourire totalement naturel. Son sourire. Celui qui n’appartenait qu’à elle, qu’à son Ombre Véritable.
    Dans son champ de vision, seul comptait Alek. Son frère. Son grand frère. Le seul qu’elle n’aurait jamais, et qu’elle n’aurait jamais voulu ne pas avoir.
    Elle court si vite que ses cris se transforment en simples murmures. Il ne la voit toujours pas, et contemple la mer. Il arbore un sourire si triste et mélancolique que la joie d’Alice se teinte en peur.
    Qu’est-ce qui peut rendre le jeune homme si triste ?
    Elle veut savoir, comme toujours. Veut apprendre, veut comprendre.
    Et sa curiosité est tellement remplie d’amour et d’inquiétude, cette fois-ci. Seul Alek peut éveiller ce genre de sentiments en elle.
    La véritable Alice.

    La robe légère qu’elle porte cogne contre ses jambes alors qu’elle court. Non. Elle vole.
    Enfin il la remarque.
    Elle s’arrête.
    Il la contemple quelques instants, et Alice peut voir ses grands yeux bleus turquoises, si beaux, si profonds, s’illuminer. Elle sent son cœur se gonfler et s’emplir de joie. Il sourit, heureux. Et donc elle l’est aussi.
    Elle voit ses lèvre bouger, formant son prénom. Il n’ose trop y croire.
    Il se lève et vient à sa rencontre. Sa silhouette grande et fine, si beau. Ses vêtements sont complètement trempés et lui battent le corps alors qu’il se précipite vers elle. Pourquoi donc s’est-il baigné ainsi dans la mer ?
    Il se poste devant elle et lui sourit, d’un sourire si tendre et bienveillant qu’Alice oublie toutes ses craintes. Les yeux magnifiques d’Alek sont rempli de mélancolie, et quand il passe sa main dans la chevelure de la jeune fille, le geste tremblotant est emprunt d’un tel amour qu’Alice sent son cœur se serrer.
    Depuis combien de temps ne se sont-ils pas vus ?

    - Alice.

    La jeune fille ferme les yeux en percevant cette voix, ce timbre qu’elle n’a plus entendu depuis si longtemps…
    Un sourire s’épanouit sur son visage alors que ses paupières se rouvrent, et qu’il la prend dans ses bras. Elle se blottit contre lui, en un geste si familier et en même temps devenu si rare. Elle respire son odeur, mélangée à celle de l’eau brumeuse. Sa joue et les pointes de ses cheveux sont trempés, contre les vêtements, mais elle s’en moque totalement.
    Elle est trop bien, là, contre son frère.

    - Alice, comme tu m'as manqué... !

    Elle veut lui dire que lui aussi, il lui avait énormément manqué, l’harceler de questions, lui parler de toutes les choses qu’elle avait vécues dernièrement, mais, alors qu’elle ouvre la bouche pour lui dire tout ce qu’elle a sur le cœur, il ne lui en laisse pas le temps.

    - Pourquoi avoir rejoint les rafleurs, douce Alice...

    ll s’éloigne d’elle et les yeux bleus d’Alek redeviennent tristes, alors qu’il la contemple.
    Alice sent son monde s’écrouler autour d’elle.

    - Je ne comprends pas.

    Elle baisse les yeux, les relève, se mord la lèvre.
    Elle ne peut pas lui dire.
    C’est trop dangereux pour lui. Son vrai but, sa mission, son travail… Tout ça, Alek ne doit pas le découvrir. Si les Rafleurs le capturaient…
    Alice ne voulait pas y penser.

    - Je refuse de me laisser diriger par des dictateurs, Alek… Si je ne cautionne pas tout ce que font les Rafleurs, peut-être que nous pourrons vivre avec un autre système, plus juste, s’ils prennent le pouvoir…

    Alice était douée pour le mensonge. Avec tout le monde. Même avec son frère. Même si avec lui, elle détestait ça.
    Mais en cet instant, ses arguments lui paraissaient tellement faux, ne lui ressemblaient tellement pas. Elle s’en moquait royalement, des Dirigeants. Elle voulait juste tout connaître le monde en percer tous les secrets. Et elle voulait faire plaisir à Maël, et l’aider de son mieux dans son travail.
    Maël… Alek ne savait rien de lui. Pourtant Alice aimerait tant lui en parler, lui en vanter les qualités, lui demander conseil…
    Mais c’était impossible. Pour la sécurité de son frère.

    Elle plongea ses pupilles émeraudes dans les bleues qui lui faisaient face.

    - Alek, je suis trop contente de te voir…

    Elle retourna se blottir contre lui.

    - Je suis désolée, c’est de ma faute si on s’est éloignés ces derniers temps…

    Son ton était un peu suppliant, et triste. Elle ne voulait pas qu’il lui pose plus de questions, ne voulait pas ravoir à lui mentir.
    Alors, elle leva sa main et la passa dans les cheveux blonds d’Alek, puis dit, avec un grand sourire malicieux :

    - Tu as vu ? On est coiffé pareil !

    Un sujet si simple, si normal… Pour le bien de son frère.

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MessageSujet: Re: Dans les reflets gris, le souvenir d'une vie accomplie. (ALICE)   Sam 12 Mai - 9:43

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Quand Aleksandar regarde Alice, il réalise que ce n'est plus l'enfant avec qui il a grandi à Gefängnis. Elle est devenue une femme, avec ses hanches et sa poitrine arrondie, et pendant un instant il souhaite revenir en arrière, lorsque les choses étaient encore simples, même pour la prison. Il se souvient des après-midis où, cachés dans la foule, ils volaient les bourses remplies de pièces des spectateurs du magicien, jouant à une espèce de concours de celui qui en récupérera le plus ; lorsqu'ils riaient en se racontant des histoires à table ; quand Alek montrait un de ses tours de passe-passe et Alice exécutait quelques pirouettes et cabrioles. Il réalise soudain que cette partie de son enfance lui manquait aussi. L'envie de pleurer revient au grand galop.
« Je refuse de me laisser diriger par des dictateurs, Alek… Si je ne cautionne pas tout ce que font les Rafleurs, peut-être que nous pourrons vivre avec un autre système, plus juste, s’ils prennent le pouvoir… »
Sa gorge se noue. Lui aussi ne veut pas se laisser diriger par les Trois Dirigeants, ces dictateurs n'ayant de pitié que pour les créatures et les monstres qu'ils engendrent. Si Alice a rejoint les rafleurs pour cela, Alek lui n'a jamais rien fait pour tenter de se libérer de l'oppression de ces demi-dieux. Soudain il a honte de sa couardise, de son inutilité la plus totale, alors que sa petite sœur prend des risques chaque jour en compagnie de ces horribles rafleurs pour une cause à laquelle elle semble croire. Mais Alek n'est tout de même pas d'accord. Il ne pense pas que si les rafleurs prennent le pouvoir, les choses iront mieux. Ce Hurle-au-Vent est bien trop cruel pour cela et il ne préfère pas l'imaginer sur le trône.
« Alek, je suis trop contente de te voir… »
Comme elle s'approche de lui, il entoure ses épaules de ses bras et la serre contre son torse. Cela lui avait tellement manqué, de tenir comme ça sa sœur. Il a brusquement envie de l'emporter avec lui, de gré ou de force, de l'arracher aux griffes des rafleurs et de la ramener chez lui, quitte à l'emprisonner dans une chambre pour son propre bien ! Mais il sait que faire cela serait injuste pour elle, et être la personne autant la liberté de sa petite sœur le révulse complètement.
« Je suis désolée, c’est de ma faute si on s’est éloignés ces derniers temps… »
Il y a tellement de tristesse dans sa voix qu'Alek craint de la voir pleurer. Il regrette d'avoir aborder ce sujet, il aurait dû se douter que ce ne devait pas être simple pour elle d'en parler. Il caresse doucement son dos d'une main rassurante, protectrice.
« Tu as vu ? On est coiffé pareil ! »
Sa tristesse et sa mélancolie s'envolent. Alice est de retour ! Un large sourire étire ses lèvres et il éclate de rire à gorge déployée. Oh ! que c'était bon de rire de bon cœur à nouveau ! Lâchant Alice, il s'exclame :
« Oui ! J'ai pensé exactement la même chose en te voyant arriver. Même à distance pendant un si long moment, nous sommes faits pour être frère et sœur ! »
Il rit encore un peu, et une idée lui vient.
« Oh, regarde. Depuis le temps, il est arrivé tellement de choses ! J'ai appris de nouveaux numéros, regarde. »
Même avec sa cape déposée sur le sol et lui trempé et grelottant de froid, il reste magicien. Magicien prestidigitateur, certes, mais magicien quand même. Il s'avance vers l'eau de mer et, les mains en coupe, en prend dans ses mains. Il revient vers Alice, faisant attention à ne rien renverser et lui montrer l'eau. Brusquement, il referme ses mains sans même que l'eau ne déborde. Lorsqu'ils les ré-ouvre, c'est un glaçon qu'il a dans la paume. Ce tour est l'un des plus compliqués qu'il a réussi à faire, et il a si honte de la manière dont il l'a mis en place que de tous, c'est celui dont il a le moins envie de parler.
« Qu'est-ce que tu en penses ? »
Il rit un peu, prend la main d'Alice pour lui remettre le glaçon.
« Et qu'es-tu devenue Alice, depuis tant de temps ? Que t'est-il arrivé ? Oh, des choses merveilleuses j'espère ! Ma sœur ne mérite que cela. »
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MessageSujet: Re: Dans les reflets gris, le souvenir d'une vie accomplie. (ALICE)   Jeu 31 Mai - 18:31

    Alek la serrait contre elle, et Alice enfuit son visage contre son torse mouillé, qui se secouait de rire. Le visage de la jeune fille ainsi que les mèches l’encadrant étaient trempés quand elle leva les yeux vers son frère, et elle en revint à ses inquiétudes premières.
    Pourquoi cette baignade dans la mer ?
    La mer à Gefängnis était loin d’être attirante. Et y nager revenait, pour Alice, à s’exposer volontairement à cette étrange et dangereuse Abschaum.
    Mais malgré leur complicité… Alice ne comprenait pas toujours Alek. Son frère n’était absolument pas quelqu’un de simple… Si torturé parfois, elle avait eu peur qu’il commette quelque chose d’irréparable. De définitif.
    Son cœur se glaça alors qu’elle y songeait.
    Et lui riait, riait, riait. Encore et encore.
    Etait-ce un masque qu’il endossait pour la soulager ?
    Elle ne le croyait pas, pensait réellement avoir réussit à le distraire de ses mauvaises pensées… Qui reviendraient à la charge, un jour ou l’autre.
    Que pouvait-elle faire pour les exterminer ?
    Il la lâcha, et lui dit en s’exclamant :

    - Oui ! J'ai pensé exactement la même chose en te voyant arriver. Même à distance pendant un si long moment, nous sommes faits pour être frère et sœur !

    Alice sourit en acquiesçant.
    Un lien.
    Pas un lien du sang. Mais un lien quand même.
    Le seul qu’elle possédait. Réellement, sans faux semblants, sans Ombres. Juste elle.
    La petite fille sans nom, abandonnée et perdue. Surnommée Alice. Auto-nommée Lightness.
    Brute. Véritables défauts. Véritables qualités. Véritable passé.
    Alek rit encore un peu.

    - Oh, regarde. Depuis le temps, il est arrivé tellement de choses ! J'ai appris de nouveaux numéros, regarde.

    Il grelottait de froid mais ne semblait en avoir cure.
    Il se dirigea vers l’eau. Elle s’apprêta à le retenir, qu’est-ce qu’il avait en tête ? Ca ne nécessite pas de se mouiller à nouveau ? Elle espère.
    Il les trempa simplement dans l’eau et les amèna vers elle, sans que rien ne s’échappe. Puis il ferma les mains et les yeux. Elle regarda attentivement son corps, mais le subtil mouvement lui échappa, le « truc » ne lui sauta pas aux yeux et un glaçon apparut dans les mains d’Alek.
    Il est le seul à pouvoir l’émerveiller ainsi. Mais alors qu’elle scrutait son visage, elle vit une ombre honteuse passer devant ses beaux yeux bleus.
    Elle fronça les sourcils alors qu’il lui demandait ce qu’elle en pensait et lui mettait le glaçon dans les mains. Elle le porte à ses yeux avec attention.

    - Et qu'es-tu devenue Alice, depuis tant de temps ? Que t'est-il arrivé ? Oh, des choses merveilleuses j'espère ! Ma sœur ne mérite que cela.

    Alice passa le glaçon d’une main à l’autre, le jaugeant, essayant de comprendre le tour incroyable d’Alek en répondant machinalement :

    - Non, rien de spécial. Un Rafleur essaye de m’embêter tout le temps – il a un nom idiot, comme lui, Lancelot – et c’est drôle de le faire tourner en rond. Je m’amuse bien. Et j’ai rencontré deux trois personnes bien intéressantes.

    Elle prit le glaçon et le porta à son œil.
    Le monde se déforma. La tête d’Alek se fit plus petite et étirée, la plage devint ondulée, et tout se teinta d’une teinte bleue grise, froide, glacée.
    Elle rit devant le phénomène. Evidemment, c’était le crâne d’Alek déformé qui provoquait son hilarité.
    Gamine.

    - C’est un super tour. Je ne pourrais jamais faire un truc pareil. Je pense que tu as surpassé le maître, désormais…

    Elle posa le glaçon sur le sable et recula de quelques pas.

    - A ton tour de regarder ce que je sais faire, fit-elle avec un grand sourire.

    Elle virevolta sur elle même. Et sauta. Haut. Salto arrière.
    Elle se rétablit avec adresse sur le sable avec un grand sourire. Puis disparue.

    - Je suis là ! dit-elle dans le dos de son frère.

    Même à ses yeux, elle pouvait devenir invisible.

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Dans les reflets gris, le souvenir d'une vie accomplie. (ALICE)
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